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Technique d’élevage — 9/9 ❌ Confondre sélection génétique et vitrine marketing


Bâtir une cathédrale


Je me souviens de ma toute première exposition féline. J’avais vingt ans.

Je présentais mon chat à un juge d’une pédagogie rare, de ceux qui ne se contentent pas de noter, mais qui transmettent.


Il quitta sa table de jugement et m’emmena voir ce que l’on attendait réellement de l’élevage du Sacré de Birmanie.

Là, il me fit sous-peser un mâle chocolat point absolument sublime : près de huit kilos, une présence, une évidence.

Mon propre chat, à côté, atteignait péniblement quatre kilos. La leçon était silencieuse, mais implacable.


Ce chat, bien sûr, possédait un palmarès impressionnant. Il était issu, en partie, d’un élevage qui allait devenir mon modèle. Une éleveuse d’exception, qui quarante ans plus tard monte encore sur les plus hautes marches des podiums et collectionne les Best Généraux dans les expositions les plus prestigieuses.

Sa méthode était à la fois humble et redoutablement efficace. C'est la passion de l'élevage , l'abnégation à l'état pur


Elle était capable d’acheter un reproducteur uniquement pour la couleur de ses yeux, un autre pour son gabarit, même si d’autres caractéristiques présentaient un écart au standard.

Elle savait pourquoi elle le faisait. Elle savait surtout attendre. Elle savait "extraire" d'un chat moyen" exactement ce qu'elle voulait.


Elle bâtissait sa lignée comme on érige une cathédrale : pierre après pierre.


Et après sept générations de travail patient, elle fit naître la femelle.

Celle qui allait devenir reine des podiums pendant de nombreuses années , culminant à sept kilos, les yeux violet, le corps bien balancé, la fourrure remarquable - quand nos Birmanes plafonnaient encore péniblement à trois kilos... un poil mi-long de plus en plus triste...


Vingt ans ont passé. Une autre race, un autre contexte, mais la même philosophie.


Aujourd’hui, je construis à mon tour ma cathédrale. Pierre après pierre. Ma lignée de Bengal Cashmere.

Dans l’incompréhension évidente des inexpérimentés, des "préssés" , des "consommateurs"


Oui, je peux acheter ou garder un chat pour un seul mariage, simplement parce qu’il porte un caractère précis qui m’intéresse. Parce que l’élevage n’est pas une vitrine.


C’est une œuvre de temps, de vision et de transmission.



Dans l’élevage félin moderne, une confusion revient de plus en plus souvent, au point de devenir presque banale : assimiler la sélection génétique à une vitrine marketing.

Cette confusion est pourtant l’une des causes majeures de dérives, d’incompréhensions… et d’échecs à moyen terme.



🧬 La sélection génétique : un travail de fond


La sélection génétique n’a rien de spectaculaire à court terme.


Elle repose sur des choix parfois, voir souvent contre-intuitifs :

  • sélectionner un reproducteur pour ce qu’il transmet, non pour ce qu’il “montre”

  • accepter qu’un chat ne soit pas “parfait” visuellement, mais fondamental génétiquement

  • travailler sur plusieurs générations avant d’obtenir un résultat homogène


Un reproducteur est un outil de construction, pas un produit fini.


🪞 La vitrine marketing : l’illusion immédiate


La vitrine marketing, à l’inverse, privilégie :

  • l’impact visuel instantané

  • les critères à la mode (grosses rosettes, contrastes extrêmes, effet “wow”)

  • la facilité de vente et la gratification rapide


Un chat peut être magnifique et pourtant pauvre reproducteur.

Inversement, un reproducteur stratégique peut sembler “décevant” à un œil non averti… alors qu’il est essentiel au programme. Nous en avons fait plusieurs fois l'expérience avec nos sacrés de birmanie ... En mariant une femelle que beaucoup d'éleveurs considéraient à l'époque ( soyons francs ) comme "moche" elle nous donna LE fils mâle qui obtient qui obtint plusieurs BEST OF BEST en spéciale de RACE.


⚠️ L’erreur classique : juger un reproducteur comme un chaton à vendre


L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à regarder un futur reproducteur avec les critères d’un chaton de compagnie ou de show :

“Oui mais… et les rosettes ?” “Il n’est pas assez contrasté.”“Ce n’est pas assez spectaculaire.”

Ces remarques révèlent une chose : la confusion entre le rôle d’un reproducteur et celui d’un produit commercial.

Un reproducteur n’est pas là pour séduire immédiatement, mais pour poser des bases solides :

  • qualité du pelage

  • structure du poil

  • santé

  • stabilité morphologique

  • transmission génétique lisible


🧠 Exemple concret : travailler le poil avant le dessin


Dans certaines variations, comme le Bengal Cashmere, la priorité génétique peut être :

  • la qualité du poil long

  • sa texture

  • sa densité

  • sa transmission homogène


Cela implique parfois de travailler avec des lignées :

  • à dessin plus simple (single spot, motifs discrets)

  • moins “instagrammables”

  • mais indispensables pour fixer le caractère Cashmere qualitatif sur le long terme


Le dessin se travaille ensuite.

La qualité du poil, une fois perdue, est beaucoup plus difficile à reconstruire.



🧱 Un programme sérieux ne se juge pas à une photo


Un élevage structuré se reconnaît à :

  • la cohérence de ses choix

  • la patience de ses sélections

  • la lisibilité de sa génétique

  • sa capacité à dire NON à la facilité


Les programmes durables sont rarement les plus bruyants au départ.

Ils deviennent visibles après la consolidation, jamais avant.


🎯 Sélection ≠ séduction


Confondre sélection génétique et vitrine marketing, c’est :

  • construire pour l’instant

  • vendre une image

  • et fragiliser l’avenir


Les élevages qui durent sont ceux qui acceptent de :

  • décevoir les regards pressés

  • filtrer les incompréhensions

  • travailler dans la patiente

  • privilégier la transmission à la démonstration



🧩 Conclusion


Un reproducteur n’est pas là pour “plaire”.

Il est là pour bâtir.

La sélection génétique est un langage technique, lent, exigeant.


La vitrine marketing est un langage immédiat, séduisant, souvent trompeur.

Les confondre, c’est renoncer à toute vision long terme.


 
 
 

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