top of page

🧬 La consanguinité en élevage félin : miroir des lignées, révélateur des excès

Dernière mise à jour : 17 nov. 2025

Il fut un temps — pas si lointain — où les éleveurs les plus respectés, ceux que l’on appelait « les anciens », avaient une règle d’or :

Ne jamais dépasser un COI ( COEFFICIENT DE CONSANGUINITÉ ) de 12,5 %.


C’était une frontière invisible, une limite morale autant que technique ou sanitaire.


On savait qu’au-delà, les risques prenaient le dessus sur les bénéfices, et que la sélection cessait d’être une construction pour devenir une prise de risque inutile.


Mais les races ont changé.Les pedigrees se sont refermés.Les lignées se sont confondues.Et aujourd’hui, paradoxalement, même les éleveurs les plus prudents se retrouvent à travailler sur une base génétique où le COI structurel dépasse souvent cette limite autrefois considérée comme infranchissable.


Ce n’est pas leur faute. C’est l’évolution même des races dont la gestion repose sur les livres d'origines.


🔹 Comprendre ce qu’est réellement le COI


Le COI n’est pas seulement un pourcentage froid affiché sur un logiciel.

C’est une mémoire génétique, la trace de toutes les rencontres, répétitions, détours et raccourcis que la race a empruntés.


Le COI sur cinq générations n’est qu’un reflet immédiat.Le COI sur dix ou douze générations révèle le véritable portrait de la race — souvent plus lourd, plus serré, plus complexe.

Et c’est là que tout change.


🔹 Les niveaux de COI et leurs risques : une lecture réaliste


Loin des seuils théoriques, voici ce que signifient réellement les différents niveaux de consanguinité, dans la pratique d’un élevage moderne :


🔥 COI 0–5 % (sur 5 générations) – Apparence “ouverte”, réalité plus nuancée


  • Sécurité apparente, mais ne dit rien de ce qui se joue sur 10–12 générations.

  • Dans des races comme le Bengal ou le Maine Coon, ce COI “bas” repose souvent sur 15 à 25 % structurels.

  • Risques réels : faibles, si la base structurelle est saine.


🔥 COI 6–12,5 % – La zone historiquement acceptée


C’est la zone où travaillaient les anciens maîtres éleveurs :ceux qui construisaient des lignées reconnaissables, homogènes, robustes.

  • Fixation du type maîtrisée

  • Apparition modérée des tares récessives

  • Capacité d’observation réelle : on voit ce que transmet chaque reproducteur

  • Vigueur encore intacte


Mais cette zone reposait à l’époque sur une base génétique moins saturée qu’aujourd’hui.

Aujourd’hui, dans certaines races, 12,5 % théoriques + 20 % structurels = plus de 30 % de répétition génétique réelle.

Et l’on entre dans une autre dimension.


🔥 COI 12,5–20 % – La zone des premiers signaux d’alerte


Ici, même les éleveurs expérimentés commencent à voir :

  • diminution de fertilité

  • petits gabarits récurrents

  • portées hétérogènes

  • baisse de l’immunité, infections fréquentes

  • mortalité néonatale légèrement plus élevée

Cette zone est acceptable seulement si elle repose sur une lignée irréprochable et saine sur plusieurs générations.


🔥 COI > 20 % – Le seuil où la génétique réclame sa part


Les risques deviennent significatifs :

  • expression d’allèles récessifs indésirables

  • immunité structurellement faible

  • portée réduite

  • croissance lente

  • pathologies opportunistes

  • accentuation de défauts “mineurs”, qui deviennent soudain récurrents


Dans certaines races, comme le Bengal, ce niveau existe déjà en consanguinité structurelle, même lorsque le COI apparent sur 5 générations semble raisonnable.


🔹 Le paradoxe moderne : même le linebreeding fait exploser le COI


Autrefois, le linebreeding — la consanguinité douce, en ligne, sur un ancêtre de qualité — permettait de :

  • fixer un type,

  • révéler la transmission d’un reproducteur clé,

  • stabiliser une lignée.

Aujourd’hui, dans plusieurs races, y compris le Bengal et le Maine Coon :


🟠 Le simple fait de faire du linebreeding sur deux reproducteurs corrects suffit à faire grimper le COI à des niveaux dangereux.

🟠 Les ancêtres communs se répètent tellement en profondeur que la moindre concentration en surface agit comme un amplificateur.

🟠 Même un mariage apparemment “ouvert” peut reposer sur des bases génétiques extrêmement serrées.


C’est là toute la difficulté de l’élevage contemporain : le pédigrée s’est refermé plus vite que la théorie n’a changé. La réalité, elle , ne fait pas de cadeaux.


Chez le Bengal Cashmere on décelle déja ces intentions d'élevage de travail en libreeding chez certains éleveurs, cela nous semble inaproprié et dangereux. On vous montre pourquoi ces éléveurs seront à FUIR !


🧬 Exemple : D'un programme Bengal Cashmere avec une connaissance restreinte de la génétique – Base structurelle 20 % + mariages consanguins


📌 Hypothèses réalistes
  • Tous les Bengals utilisés ont 20 % de COI structurel, ce qui correspond à la réalité actuelle.

  • Le poil long (Cashmere) est porté par un gène récessif ⇒ les éleveurs vont "naturellement " réutiliser les mêmes porteurs ou "tourner autour" car plus facile et moins chers.

  • On intègre deux mariages consanguins classiques : demi-frère × demi-sœur, puis oncle × nièce.

Ce sont les types de mariages que les élevages de poil long, toutes races confondues, utilisent pour fixer le gène.

On calcule le COI apparent + le COI réel, c’est-à-dire :

Consanguinité du mariage + 20 % structurels

🟣 Étape 1 : Mariage consanguin n°1 – Demi-frère × Demi-sœur Cashmere

Deux demi-frères/demi-sœurs venant du même père ou de la même mère porteur longhair.

➤ COI du mariage (scientifique / théorique)

Un mariage demi-frère × demi-sœur génère environ 12,5 % de consanguinité.

COI STRUCTUREL DE LA RACE

  • 20 %

COI du chaton issu de ce mariage

12,5 % + 20 % = 32,5 % de COI réel
👉 Le chaton Cashmere a donc une répétition génétique de presque un tiers.

Déjà ici, on dépasse largement le taux acceptable.

🟣 Étape 2 : Mariage consanguin n°2 – Oncle Cashmere × Nièce Cashmere

Très courant dans les programmes de poil long pour fixer les lignées (poil, type et contraste).

➤ COI du mariage (scientifique / théorique)

Un mariage oncle × nièce génère un COI autour de 12,5 % également.

➤ Chaton issu du mariage n°1 : 32,5 %


Si on le marie avec un Bengal à 20 % structurel (non apparenté au premier degré) :


Formule simplifiée : Moyenne du COI des deux parents = (32,5 + 20) / 2 = 26,25 %

Puis ajout de la consanguinité propre au mariage (oncle/nièce) : + 12,5 %

➤ COI final du chaton Cashmere F2

26,25 % + 12,5 % = 38,75 %
👉 Presque 40 % de répétition génétique réelle.

🟣 Étape 3 : Mariage Cashmere × Cashmere (deux lignées issues de porteurs identiques)

Typique pour fixer le gène longhair et les rosettes show.

Deux reproducteurs Cashmere, chacun déjà à ~38 %, sont mariés ensemble.


➤ COI du mariage

Même sans consanguinité apparente, on obtient :(38,75 + 38,75) / 2 = 38,75 %

Résultat réel :

👉 Un chaton Cashmere peut très facilement atteindre 40 %, 42 %, 45 % de COI réel,même si le COI 5G du logiciel indique seulement 8 %, 10 %, ou 12 %.

C’est la puissance destructrice du COI structurel + fixation du poil long + répétition des mêmes porteurs.


🔥 Le choc génétique


  • Un Bengal Cashmere né d’un demi-frère × demi-sœur atteint déjà ~33 % de consanguinité réelle.

  • S’il est remarié avec un porteur Cashmere standard → ~39 %.

  • Un mariage Cashmere × Cashmere de ces lignées peut produire 40 à 45 % de COI réel.


Et pourtant…les éleveurs non formés continuent à discuter d’un menton, d’un profil ou d’une oreille, alors que leurs lignées sont déja génétiquement au bord de l’asphyxie.


Le mur invisible que certains refusent de voir


Et c’est précisément dans ce contexte — celui d’une génétique devenue complexe, saturée, inévitablement consanguine — que l’on se retrouve, presque malgré soi, à écarter poliment certains éleveurs ou futurs éleveurs.


Non pas par arrogance, ni par fermeture, mais parce qu’ils avancent vers ce mur impitoyable sans même savoir qu’il existe ou même le comprendre.


Ils ignorent que l’élevage moderne n’est pas un simple assemblage de pedigrees flatteurs ou de « beaux chats » qui cochent chaque case du standart de race.


Ils ignorent que la consanguinité, lorsqu’elle se cumule sur dix générations, exige une vigilance millimétrée, une connaissance intime des ancêtres ou à minima des reproducteurs, une compréhension des transmissions profondes.


Et pendant que les professionnels parlent :

  • de fertilité,

  • de vigueur,

  • de longévité,

  • de structure génétique,

  • de risques invisibles,

  • de structures osseuses et immunitaires,


eux s’accrochent — désespérément — à des détails insignifiants : un léger manque de menton, une ligne de front un peu haute, une oreille trop droite, un profil légèrement concave …


Ils cherchent un chat physiquement parfait , veulent corriger un détail esthétique alors que la race, elle, réclame de corriger une architecture génétique entière.


Ils veulent juger sur le « joli » alors que l’élevage exige de juger sur le solide.


Car ce n’est pas le menton, ni le front, ni une oreille trop haute qui met un élevage à genoux.


Ce sont les tares récessives qui se réveillent, les lignées fragiles, les fertilités qui s’effondrent, les systèmes immunitaires épuisés, les chatons qui ne grandissent pas, les portées qui se vident.


C’est cela, le mur.

Un mur que l’on voit venir quand on connaît un pedigree sur vingt ans…Et que d’autres ignorent jusqu’à s’y briser.


Aujourd’hui par exemple , le Sphynx est menacé d’interdiction par les autorités européennes.

Non pas parce qu’il serait une race à problème, mais parce qu’une génération d’éleveurs fascinés par l’apparence a sacrifié la structure génétique au profit du spectaculaire.

C’est le résultat direct d’une sélection superficielle, qui a vidé les lignées de leur vigueur au lieu de leur rendre leur souffle.



🔹 La situation selon les races : la vérité génétique


🐆 Bengal


Consanguinité structurelle : 20–25 % - Le COI théorique explose dès qu’on fait le moindre travail de lignée ( ou linebreeding )


🐆 Exemple concret : un Bengal F4 puis F5 à partir du Léopard asiatique

On part sur un schéma volontairement clair :

  • Léopard asiatique (ALC) : COI = 0 %(animal sauvage, hors de la base domestique)

  • Bengals domestiques “modernes” : COI structurel ≈ 20 % chacun(ce qui est la réalité actuelle dans beaucoup de lignées)


On suppose que les Bengals utilisés ont 20 % de consanguinité interne, mais ne sont pas directement apparentés entre eux au premier degré (sinon ce serait encore pire).


On suit maintenant la chaîne des générations à partir de l’Asian Leopard Cat :


🔸 F1 : ALC × Bengal à 20 %

  • Parent 1 (ALC) : COI = 0 %

  • Parent 2 (Bengal) : COI = 20 %


Le COI du F1 sera la moyenne des deux, si l’on considère que l’ALC est totalement extérieur au pool génétique domestique :

F1 = (0 % + 20 %) / 2 = 10 %

Déjà là, on voit que le “sang neuf” sauvage a divisé par deux la consanguinité interne du Bengal utilisé.


🔸 F2 : F1 × Bengal à 20 %

  • Parent 1 (F1) : COI ≈ 10 %

  • Parent 2 (nouveau Bengal) : COI = 20 %

F2 = (10 % + 20 %) / 2 = 15 %

🔸 F3 : F2 × Bengal à 20 %

  • Parent 1 (F2) : ≈ 15 %

  • Parent 2 (Bengal) : 20 %

F3 = (15 % + 20 %) / 2 = 17,5 %

🔸 F4 : F3 × Bengal à 20 %

C’est ton F4 de “nouvelle génération”, déjà très “domestiqué” dans le type.

  • Parent 1 (F3) : ≈ 17,5 %

  • Parent 2 (Bengal) : 20 %

F4 = (17,5 % + 20 %) / 2 = 18,75 % On peut arrondir à ≈ 19 % de COI.

Donc, à F4, on est déjà quasiment revenu au niveau de consanguinité des Bengals de départ (20 %).


🔸 F5 : F4 × Bengal à 20 %

C’est la génération que tu demandes : l’hybride F5.

  • Parent 1 (F4) : ≈ 18,75 %

  • Parent 2 (Bengal) : 20 %

F5 = (18,75 % + 20 %) / 2 ≈ 19,375 % soit, en pratique : ≈ 19–19,5 % de consanguinité.

🧬 Ce que montre cet exemple (et que presque personne ne veut voir)


On part d’un Léopard asiatique à 0 % de consanguinité, totalement extérieur, on le marie à des Bengals à 20 % de COI, et en seulement 4–5 générations, on obtient :

  • F4 ≈ 18,75 %

  • F5 ≈ 19–19,5 %


Autrement dit :

À F5, l’“hybride” est revenu, en termes de COI, au niveau de consanguinité d’un Bengal domestique très consanguin moderne.

Le “sang sauvage” n’a pas disparu, mais son effet de dilution de consanguinité est presque totalement mangé par la base domestique déjà saturée.


C’est exactement ça, le mur impitoyable de la consanguinité structurelle :

  • On peut injecter du sauvage,

  • On peut afficher de jolies générations F1, F2, F3, F4, F5,

  • Mais si la base Bengal travaille à 20–25 %,alors l’hybride F5 se cogne sur le même plafond génétique.


Et pendant que certains se disputent pour savoir si une oreille est un peu trop haute ou si le menton manque de 3 mm…la réalité, elle, est là : un F5 issu d’un ALC à 0 % se retrouve presque au même niveau de COI qu’un Bengal show moderne.

D'ou l'interêt pour redonner souffle à la race , de travailler à la façon des anciens en outcross de dissociation comportementale.



🦁 Maine Coon


Consanguinité structurelle : 12–15 %

Linebreeding aujourd’hui = accumulation sur une base déjà saturée.


🐾 Ragdoll


Consanguinité structurelle : 10–14 %


🐱 Races naturelles (Norvégien, Chartreux, Sibérien…)

Structurel : 5–10 %


🔹 Ce que cela signifie pour un élevage moderne


Les races ont évolué.

Les outils ont évolué.Les pedigrees se sont complexifiés.

Mais les risques, eux, restent les mêmes — amplifiés par la génétique cumulée.


L’objectif n’est plus d’éviter la consanguinité (c’est impossible), mais :

  • de choisir sur qui elle repose,

  • de maîtriser la progression du COI,

  • de conserver la vigueur,

  • d’utiliser avec rigueur des cycles de fermetures et de réouvertures,

  • d’observer ce que les ancêtres communs transmettent réellement.


C’est ainsi que les lignées fortes se construisent encore aujourd’hui.


🧬 La consanguinité n’est pas un danger … mais un miroir


Elle reflète la lignée.

Elle dénonce les fragilités cachées. Elle révèle la qualité — ou la faiblesse — des ancêtres répétés.


Ce n’est ni une alliée, ni une ennemie.

C’est un outil exigeant, qui réclame une vision longue et une compréhension fine de la dynamique des races.

Les anciens avaient raison :12,5 % est une limite sage.


Mais la réalité contemporaine impose une lecture plus profonde :ce qui compte n’est pas le chiffre affiché,mais la structure génétique qui se cache en dessous.

 
 
 

Posts récents

Voir tout

Commentaires


bottom of page