top of page

đŸŸ Le nouveau mythe des “2 000 ans de cohabitation” : pourquoi l’histoire du chat est bien plus ancienne qu’on ne le dit ?

Un article rĂ©cent a affirmĂ© que le chat ne vivrait avec l’humain que depuis 2 000 ans.


Autant dire que cette déclaration a fait bondir les scientifiques
 et rire toute la communauté féline.


Car elle contredit 25 ans de recherches génétiques, archéologiques et iconographiques solides.

Alors, que fait-on de l’Égypte antique ?De Babylone ?Des chats momifiĂ©s, des fresques, des tombes nĂ©olithiques
 ?


👉 On les remet à leur place : au cƓur d’une histoire fascinante

qui remonte Ă  plus de 10 000 ans.


đŸ± 1. Le chat domestique ne date PAS de 2 000 ans
 mais d’au moins 9 500 ans

En 2004, une dĂ©couverte archĂ©ologique enflamme la communautĂ© scientifique :un chat enterrĂ© avec un humain Ă  Chypre, datĂ© d’environ 7 500 ans av. J.-C.


âžĄïž C’est la plus ancienne preuve directe de domestication fĂ©line. Et elle dĂ©passe dĂ©jĂ  largement les fameux “2 000 ans”.


Cet enterrement commun ne laisse aucun doute : le chat n’était pas un animal sauvage attrapĂ© par hasard, mais bien un compagnon de vie.


L’Europe ancienne : le chat, animal sacrĂ© de la magie et de la fertilitĂ©


La prĂ©sence du chat auprĂšs de l’humain ne se limite pas au Proche-Orient ou Ă  l’Égypte : l’Europe prĂ©chrĂ©tienne elle-mĂȘme lui attribue un statut sacrĂ©, bien antĂ©rieur aux “2 000 ans” Ă©voquĂ©s par certains articles.

Chez les peuples nordiques, la dĂ©esse Freyja — figure majeure des traditions germano-scandinaves, associĂ©e Ă  l’amour, la fertilitĂ©, la magie (seiðr) et la protection du foyer — voyageait selon les mythes Ă  bord d’un char tirĂ© par deux grands chats offerts par le dieu Thor.


Ces fĂ©lins, souvent reprĂ©sentĂ©s comme massifs, puissants, proches du Skogkatt (ancĂȘtre naturel du NorvĂ©gien des ForĂȘts), symbolisaient l’indĂ©pendance, l’intuition, la sensualitĂ©, la capacitĂ© de voyance et le lien profond avec l’invisible.Le chat Ă©tait donc dĂ©jĂ  un compagnon, un protecteur et un animal spirituel dans l’Europe paĂŻenne, bien avant les premiĂšres descriptions romaines et mĂ©diĂ©vales. Les foyers nordiques nourrissaient et respectaient ces chats, considĂ©rant qu’attirer l’attention de Freyja portait chance, prospĂ©ritĂ© et harmonie.


Ces traditions tĂ©moignent clairement que le chat occupait une place essentielle dans la mythologie, les villages et les croyances europĂ©ennes depuis plus de 3 000 Ă  4 000 ans, rĂ©duisant Ă  nĂ©ant l’idĂ©e d’une cohabitation rĂ©cente.


Mais remontons encore plus loin ...


đŸȘ 2. En Égypte, le chat est domestiquĂ©, vĂ©nĂ©rĂ© et reprĂ©sentĂ©

depuis plus de 4 000 ans


L’Égypte antique est probablement l’exemple le plus parlant.

Les preuves sont innombrables :


  • statuettes de Bastet

  • millions de chats momifiĂ©s

  • fresques de chasse montrant des chats domestiques sur les barques

  • textes oĂč le chat protĂšge le foyer

  • reprĂ©sentations d’enfants jouant avec des chats


Les Égyptiens ne se contentaient pas de cohabiter avec les chats : ils les divinisaient.

Comment concilier cela avec l’idĂ©e d’une cohabitation vieille de seulement 2 000 ans ?

âžĄïž Impossible.


đŸș 3. MĂ©sopotamie, Babylone & Perse : des chats prĂ©sents dans la vie quotidienne depuis 4 000 ans


Bien avant Rome, les civilisations de Mésopotamie représentaient déjà des chats :

  • sur des sceaux cylindriques

  • dans des reliefs

  • dans des scĂšnes artisanales et domestiques


Ils sont associés à la protection des réserves alimentaires, rÎle crucial dans les sociétés sédentaires.


LĂ  encore, on est looooin des 2 000 ans.


La MĂ©sopotamie et Sumer : une dĂ©esse fĂ©line avant mĂȘme l’Égypte


Bien avant Bastet en Égypte, les SumĂ©riens avaient dĂ©jĂ  associĂ© le chat Ă  une divinitĂ© fĂ©minine : la dĂ©esse Ninisina (ou Bau/Gula), figure majeure de la guĂ©rison, de la protection et de la mĂ©decine.

Dans plusieurs reprĂ©sentations mĂ©sopotamiennes, cette dĂ©esse protectrice est accompagnĂ©e d’un chat, souvent positionnĂ© prĂšs de son trĂŽne ou Ă  ses pieds, symbolisant la vigilance, la douceur domestique, et la capacitĂ© du fĂ©lin Ă  veiller sur le foyer.

Dans certains textes, Gula est mĂȘme appelĂ©e “La Dame fĂ©line”, car le chat, tout comme elle, incarne l’intuition, les soins, la maternitĂ© et la magie quotidienne.


Cette association est loin d’ĂȘtre anecdotique : elle date de plus de 4 000 ans, ce qui place encore une fois le chat au cƓur de la vie rituelle et domestique des premiĂšres grandes civilisations humaines.


Les SumĂ©riens, pionniers de l’écriture, ont donc lĂ©guĂ© l’une des plus anciennes traces symboliques du chat comme animal sacrĂ©, preuve supplĂ©mentaire que la relation humain–chat s’enracine bien plus profondĂ©ment que ne le prĂ©tendent les thĂ©ories modernes Ă  sensation.



Chine & Japon : le chat, gardien spirituel, porte-bonheur et messager des déesses


Contrairement au Proche-Orient, oĂč certaines dĂ©esses Ă©taient clairement reprĂ©sentĂ©es avec un chat, la Chine et le Japon ont dĂ©veloppĂ© une symbolique plus subtile, mais tout aussi puissante, autour du fĂ©lin.

En Chine ancienne, le chat Ă©tait liĂ© Ă  Li Shou, divinitĂ© fĂ©line mineure prĂ©sente dans des lĂ©gendes trĂšs anciennes. Selon plusieurs rĂ©cits, Li Shou avait initialement la responsabilitĂ© de gouverner le monde, mais comme il prĂ©fĂ©rait dormir au soleil et profiter de la vie, le Ciel dĂ©cida de confier cette tĂąche aux humains — laissant ainsi au chat un rĂŽle d’observateur sage, gardien silencieux entre les deux mondes.

Dans les campagnes chinoises, le chat est aussi associĂ© Ă  des dieux de la moisson, car il protĂšge les rĂ©coltes des rongeurs ; il est donc indirectement liĂ© aux divinitĂ©s fĂ©minines de la fertilitĂ© et de l’abondance.


Au Japon, on retrouve une toute autre dimension : le chat est profondément associé au kami de la miséricorde, Kannon (équivalent japonais de la déesse bouddhiste Guanyin).


Dans certains temples, on raconte que Kannon apparaĂźt sous la forme d’un chat pour protĂ©ger les voyageurs, attirer la chance ou avertir d’un danger. C’est de cette tradition qu’est nĂ©e, des siĂšcles plus tard, la figure du Maneki-neko, la cĂ©lĂšbre chatte qui lĂšve la patte pour appeler la prospĂ©ritĂ© — symbole omniprĂ©sent dans les foyers et les commerces, et toujours liĂ© Ă  une Ă©nergie protectrice fĂ©minine.


Ainsi, mĂȘme si la Chine et le Japon ne possĂšdent pas de “Bastet” ou de “Gula”, les chats y sont profondĂ©ment rattachĂ©s Ă  des forces fĂ©minines, protectrices, magiques et bienveillantes, ce qui confirme encore une fois leur prĂ©sence spirituelle et domestique bien avant les 2 000 ans prĂ©tendus par certains articles modernes.


Inde : la dĂ©esse Shashthi, protectrice des enfants et accompagnĂ©e d’un chat


En Inde, le chat occupe une place discrÚte mais profondément symbolique, notamment à travers la déesse Shashthi, figure trÚs ancienne du panthéon hindou.


Shashthi est la dĂ©esse de la fertilitĂ©, de la maternitĂ©, de la protection des nouveau-nĂ©s et des jeunes enfants. Elle est l’une des plus anciennes divinitĂ©s populaires du sous-continent, vĂ©nĂ©rĂ©e bien avant l’époque classique de l’hindouisme.


Ce qui rend Shashthi particuliĂšrement fascinante pour notre sujet :

âžĄïž elle est presque toujours reprĂ©sentĂ©e en compagnie d’un chat, assis prĂšs d’elle ou perchĂ© sur ses genoux.

âžĄïž Dans certaines rĂ©gions, c’est mĂȘme une dĂ©esse-chat, dont le monture (vahana) est un chat.

Le chat, dans cette tradition, symbolise :

  • la vigilance maternelle

  • la protection du foyer

  • la limite entre le monde visible et invisible

  • la fertilitĂ© et la prospĂ©ritĂ© du foyer


Une cĂ©lĂšbre lĂ©gende raconte que le chat de la dĂ©esse observait les foyers pour vĂ©rifier si les mĂšres accomplissaient bien les rites protecteurs destinĂ©s aux enfants. Le chat y tient donc un rĂŽle moral, magique et protecteur, rappelant l’importance du respect et des Ă©quilibres domestiques.


Cette association est attestĂ©e depuis plus de 2 500 Ă  3 000 ans, ce qui place encore une fois le chat au cƓur des mythes et de la vie spirituelle des civilisations anciennes, bien avant l’ùre oĂč certains voudraient limiter sa domestication.




đŸŒŸ 4. Les Ă©tudes ADN confirment 10 000 ans d’évolution commune


Les analyses génétiques montrent que :

  • tous les chats domestiques descendent du Felis silvestris lybica, chat sauvage du Proche-Orient ;

  • une premiĂšre vague de domestication accompagne les premiers villages agricoles (–8 000 Ă  –6 000 ans) ;

  • une seconde vague part d’Égypte vers la MĂ©diterranĂ©e (–3 000 ans) ;

  • le chat moderne se rĂ©pand avec les routes commerciales, les navires, et les Ă©changes humains.


Donc scientifiquement :

âžĄïž le chat accompagne l’humain depuis la naissance de l’agriculture.

Pas depuis la naissance de l’Empire romain.


đŸ€Šâ€â™€ïž 5. D’oĂč vient alors cette fausse idĂ©e des 2 000 ans ?

Trois explications possibles :


1ïžâƒŁ Confusion avec la crĂ©ation des races fĂ©lines modernes

Les races comme le Maine Coon, le Persan ou le Siamois ont Ă©tĂ© standardisĂ©es rĂ©cemment (XIXe–XXe siĂšcle).

Mais la domestication est bien plus ancienne.


2ïžâƒŁ Sensationalisme mĂ©diatique

Un titre choc fait cliquer.MĂȘme s’il est faux.


3ïžâƒŁ InterprĂ©tation bancale de la “domesticitĂ© Ă©motionnelle”

Certains anthropologues distinguent la cohabitation utilitaire (greniers → chasse aux rongeurs )de la cohabitation affective.

Mais les deux sont
 de la cohabitation.


📜 6. Ce que “2 000 ans” voudrait dire
 si on prenait la thĂ©orie au sĂ©rieux


Pour que cette théorie soit vraie, il faudrait supprimer :

❌ les tombes nĂ©olithiques avec chat (–9 500 ans)

❌ l’art Ă©gyptien et la religion de Bastet (–4 000 ans)

❌ les textes grecs et romains (–2 500 ans)

❌ l’ADN montrant une Ă©volution de 10 000 ans

❌ les fresques mĂ©sopotamiennes

❌ les chats momifiĂ©s, les scĂšnes de chasse, les reprĂ©sentations domestiques


Bref :

âžĄïž il faudrait réécrire toute l’Histoire.


Une tendance moderne Ă  l’abrutissement : effacer les savoirs anciens pour mieux standardiser la pensĂ©e


Cette idĂ©e des “2 000 ans de cohabitation” illustre parfaitement une tendance inquiĂ©tante de notre Ă©poque : la rĂ©duction volontaire des connaissances, qui appauvrit la culture gĂ©nĂ©rale et coupe l’humanitĂ© de ses racines.

En niant, minimisant ou simplifiant Ă  outrance l’hĂ©ritage des anciennes civilisations — qu’il s’agisse des Égyptiens, des SumĂ©riens, des Celtes, des Grecs, des cultures asiatiques ou indiennes — on produit une population dĂ©sancrĂ©e, sans mĂ©moire et donc plus facile Ă  orienter.


Car une sociĂ©tĂ© qui connaĂźt son histoire, sa profondeur, ses mythes, ses symboles et la longue Ă©volution des relations entre l’humain et l’animal, est une sociĂ©tĂ© capable de penser par elle-mĂȘme.


À l’inverse, en imposant des rĂ©cits tronquĂ©s, courts, simplistes, on favorise un appauvrissement intellectuel gĂ©nĂ©ral.

Ce phĂ©nomĂšne n’est pas nouveau : l’effacement des savoirs anciens a dĂ©jĂ  eu lieu au Moyen Âge avec la destruction des bibliothĂšques paĂŻennes et des archives Ă©gyptiennes.


Aujourd’hui, il revient sous une forme plus subtile : articles rapides, titres sensationnalistes, réécriture de l’histoire pour s’adapter aux modes, et une Ă©ducation de plus en plus dĂ©connectĂ©e de l’archĂ©ologie et de l’anthropologie.


Nier 10 000 ans de cohabitation avec le chat n’est qu’un exemple frappant de cette dĂ©rive.


Et c’est prĂ©cisĂ©ment pour cela qu’il est essentiel de retransmettre l’hĂ©ritage rĂ©el des anciens peuples, qui avaient une comprĂ©hension profonde des animaux, de la nature, de la symbolique et du sacrĂ©.


đŸŸ Conclusion : non, notre chat n’a pas 2 000 ans
 mais au moins 10 000 ans d’amitiĂ© humaine


Le chat n’est pas un “nouvel arrivant”.

Il est l’un des plus anciens compagnons de l’humanitĂ©.

Il a protégé nos greniers.

Il a voyagé sur nos bateaux.

Il a Ă©tĂ© honorĂ©, dessinĂ©, momifiĂ©, aimé 

Et aujourd’hui encore, il partage notre foyer avec le mĂȘme mystĂšre charmant.


Alors oui :👉 on peut rire de l’article.

Mais surtout, on peut profiter de l’occasion pour rappeler la vraie, magnifique et longue histoire du chat.

Commentaires


bottom of page