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Bengal Cashmere : notre déclaration d’indépendance génétique

Quel paradoxe : devoir maintenir nos lignées sous registre américain pour préserver la liberté de construire un véritable programme de sélection français.

Quel paradoxe : devoir maintenir nos lignées sous registre américain pour préserver la liberté de construire un véritable programme de sélection français.


Le paradoxe de devoir maintenir nos lignées sur un registre américain pour préserver la liberté de construire un programme français
Le paradoxe de devoir maintenir nos lignées sur un registre américain pour préserver la liberté de construire un programme français


Le paradoxe est saisissant : alors que nous revendiquons la capacité des éleveurs français à construire leurs propres lignées, nous devons maintenir notre programme sous registre américain pour conserver la souplesse nécessaire à cette construction.

Ce choix ne traduit ni un rejet de la France ni une préférence de principe pour l’étranger.


Il révèle simplement les limites d’un système national qui reconnaît la filiation, mais laisse trop peu d’espace aux éleveurs souhaitant restaurer la diversité génétique par des apports documentés. Aujourd’hui, c’est donc sous un registre international que nous pouvons le mieux défendre et préserver un véritable travail français.



Pourquoi nous maintenons notre programme sous registre TICA ?


Le Bengal Cashmere, également appelé Bengal à poil long, séduit naturellement par son apparence spectaculaire. Son pelage, son allure sauvage et sa rareté actuelle suscitent un intérêt croissant auprès des familles comme des éleveurs.


Mais derrière cette apparence se trouve une question bien plus importante : sur quelles fondations génétiques cette population est-elle réellement construite ?

Alors qu’un processus de reconnaissance semble progresser en France, nous avons choisi de réaffirmer publiquement notre position.


En l’état actuel des informations dont nous disposons et des nombreux pedigrees que nous avons pu étudier, nous ne souhaitons pas associer nos lignées à cette démarche.


Nos chats et notre programme resteront enregistrés sous registre TICA, dans un cadre international qui nous semble actuellement plus adapté à une population encore en construction.


Cette décision n’est ni un retrait ni un renoncement.


Elle constitue notre déclaration d’indépendance génétique.


Un standard physique ne garantit pas la santé d’une race


Pendant longtemps, la construction et la reconnaissance des races animales ont essentiellement reposé sur des critères visibles :

  • la morphologie ;

  • la couleur ;

  • la longueur ou la texture du poil ;

  • la forme de la tête ;

  • le gabarit ;

  • l’allure générale ;

  • la capacité à reproduire une apparence relativement homogène.


Ces éléments restent importants. Ils permettent de définir une identité et de décrire le type recherché.

Mais ils ne suffisent plus.


Deux chats peuvent correspondre parfaitement au même standard tout en étant génétiquement très proches. À l’inverse, un animal représentant un apport génétique précieux peut temporairement s’éloigner de certains critères physiques, avant qu’un travail de sélection mené sur plusieurs générations permette de retrouver le type souhaité.


Un standard décrit une apparence.

Il ne mesure ni la diversité génétique d’une population, ni sa capacité à se reproduire durablement, ni son aptitude à rester en bonne santé au fil des générations.


Un rapport officiel alertait déjà sur les impasses génétiques


En 2015, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux — le CGAAER, organisme placé auprès du ministère de l’Agriculture — publiait un rapport consacré à l’encadrement de la génétique des carnivores domestiques.


Il ne s’agit pas d’un rapport du Conseil d’État, mais d’une mission officielle d’expertise réalisée dans le cadre du ministère de l’Agriculture.


Ce rapport formulait un avertissement essentiel : la création et le maintien des races fondés sur le seul standard peuvent conduire à une impasse génétique, notamment en raison de la consanguinité utilisée pour fixer et conserver le type.

Ce constat officiel rejoint directement les difficultés que rencontrent aujourd’hui de nombreux éleveurs.


Pour obtenir rapidement une apparence homogène, certains reproducteurs sont utilisés de manière répétée. Leurs descendants sont ensuite mariés entre eux ou avec des animaux appartenant aux mêmes familles génétiques.


Les affixes changent. Les propriétaires changent. Les pays changent parfois.

Mais les ancêtres restent les mêmes.


La population augmente numériquement sans que sa diversité génétique progresse dans les mêmes proportions.



La consanguinité structurelle, une réalité souvent invisible


La consanguinité ne résulte pas uniquement d’un mariage immédiat entre un frère et une sœur ou entre un parent et son descendant.

Elle peut être beaucoup plus diffuse.


Lorsque la majorité des reproducteurs d’une race ou d’une variété descend d’un petit nombre de fondateurs, les mêmes ancêtres finissent par apparaître dans presque tous les pedigrees.


Même un éleveur cherchant deux chats apparemment éloignés peut découvrir qu’ils partagent plusieurs ascendants communs quelques générations plus tôt.

La consanguinité devient alors structurelle. Elle ne dépend plus seulement du choix ponctuel d’un éleveur, mais de l’étroitesse de toute la population disponible.


Cela ne signifie pas que chaque chat issu d’une population consanguine sera nécessairement malade. Une telle affirmation serait scientifiquement inexacte.

En revanche, une diversité insuffisante peut augmenter, à l’échelle de la population :

  • la probabilité de rencontre de certaines mutations récessives ;

  • l’expression de maladies héréditaires ;

  • l’accumulation d’allèles défavorables ;

  • les difficultés de fertilité et de reproduction ;

  • la diminution de la diversité immunitaire ;

  • la vulnérabilité face à certains agents infectieux ;

  • la difficulté à trouver de nouveaux reproducteurs suffisamment éloignés.


Pour l’adoptant, les conséquences peuvent devenir sanitaires, émotionnelles et financières.

Un pedigree garantit une filiation. Il ne garantit pas, à lui seul, la diversité génétique ni la santé future de l’animal.


Sur quelles bases reconnaître aujourd’hui le Bengal Cashmere ?


Le Bengal Cashmere demeure une population récente et encore en construction.

À notre connaissance et selon les pedigrees que nous avons pu examiner, une très grande partie des chats actuellement présentés en France descend, directement ou indirectement, de deux élevages souches européens.


Cette observation doit naturellement pouvoir être confrontée aux données détenues par les personnes portant le projet de reconnaissance et par le LOOF.

Mais elle soulève une interrogation fondamentale :

Sur quelles bases démographiques, généalogiques et scientifiques sérieuses peut reposer aujourd’hui la reconnaissance française du Bengal Cashmere ?

Deux élevages souches européens, même s’ils ont produit un nombre important de chats exportés dans plusieurs pays, suffisent-ils à constituer une population génétiquement viable ?


La présence de leurs descendants dans différents élevages français permet-elle réellement de parler de lignées françaises indépendantes ?


Le nombre de chats présentés a-t-il été corrigé pour tenir compte de leurs liens de parenté ?

Les principaux ancêtres communs ont-ils été identifiés ?

Leur fréquence dans les pedigrees a-t-elle été calculée ?

Les coefficients de consanguinité de la population ont-ils été étudiés sur une profondeur suffisante ?


Une stratégie d’ouverture génétique a-t-elle été prévue avant que la variété ne soit officialisée et éventuellement enfermée dans un cadre plus restrictif ?


À ce jour, nous ne disposons pas de réponses publiques suffisamment précises à ces questions.


Un problème européen, et non seulement français


La situation est plus préoccupante encore qu’elle ne le paraît.


Les deux lignées souches auxquelles nous faisons référence ne constituent pas seulement la base du projet français. Elles sont devenues les piliers sur lesquels repose une très grande partie des élevages de Bengal Cashmere en Europe.


Les mêmes ancêtres circulent d’un pays à l’autre, changent d’affixe et réapparaissent dans de nombreux programmes présentés comme distincts.


L’existence de plusieurs élevages européens ne signifie donc pas nécessairement qu’il existe plusieurs lignées européennes indépendantes.


Cette concentration crée un goulot d’étranglement déja particulièrement préoccupant.


Si la France reconnaît aujourd’hui le Bengal Cashmere à partir de ces seules fondations, elle risque d’officialiser une population déjà très étroite avant même d’avoir permis la construction de véritables alternatives.


Une reconnaissance française ne doit pas simplement reproduire la structure génétique déjà dominante en Europe.

Elle devrait permettre de préparer l’avenir.




Une multiplication française ne crée pas nécessairement une lignée française


Nous ne contestons pas que des éleveurs français puissent accomplir un travail de reproduction, de sélection morphologique et de valorisation à partir de chats importés.


Mais reproduire en France des animaux provenant des mêmes familles étrangères ne crée pas automatiquement de nouvelles lignées fondatrices françaises.


Une lignée ne devient pas génétiquement indépendante parce qu’elle change d’affixe ou de propriétaire.


Plusieurs élevages français peuvent posséder des reproducteurs différents tout en travaillant sur une base fondatrice pratiquement identique.


Cent chats répartis dans plusieurs structures peuvent toujours dépendre des mêmes ancêtres.

Il serait donc trompeur de confondre :

  • le nombre de chats ;

  • le nombre d’élevages qui les détiennent ;

  • le nombre de pedigrees édités ;

  • et le nombre réel de lignées génétiquement indépendantes.

C’est pourtant cette dernière donnée qui devrait retenir l’attention lorsqu’il est question de la viabilité future d’une variété.


La volonté d’un groupe restreint ne remplace pas une étude génétique


Les éleveurs qui portent un projet ont évidemment le droit de défendre leur vision et de présenter leur travail.


Mais la motivation d’un groupe, même particulièrement actif, ne remplace ni une étude démographique ni une analyse génétique.

Une poignée d’éleveurs ne devrait pas pouvoir définir seule l’avenir national d’une population encore en construction, particulièrement lorsque ces personnes détiennent directement les lignées susceptibles de bénéficier commercialement de leur reconnaissance.


Il ne s’agit pas d’affirmer, sans preuve, que leurs motivations seraient exclusivement financières ou personnelles.

Il s’agit de constater l’existence possible d’intérêts convergents et de demander quelles garanties d’indépendance, d’impartialité et de transparence accompagnent le processus.


Une reconnaissance officielle augmente la visibilité, la légitimité et potentiellement la valeur commerciale des chats concernés.

Cette conséquence impose une exigence particulière de rigueur.

La reconnaissance d’une variété ne devrait jamais devenir une récompense accordée aux personnes les plus présentes auprès des instances décisionnaires. Elle doit répondre à l’intérêt durable de la population, des futurs éleveurs et des familles qui adopteront ces chats.



L’absence de coopération entre éleveurs français


Dans notre article informatif consacré à la génétique du Bengal Cashmere, créé en janvier 2026 et mis à jour le 26 juillet 2026, nous évoquions déjà l’hostilité manifestée par un petit nombre d’éleveurs français et les difficultés relationnelles qui traversent actuellement ce milieu.


Cette mauvaise entente n’est pas une question secondaire.


La construction d’une nouvelle population exige normalement une coopération entre éleveurs : échanges de données, comparaison des pedigrees, partage des résultats sanitaires, conservation de plusieurs branches génétiques et définition d’objectifs communs sur plusieurs générations.


Or, en France, le débat autour du Bengal Cashmere semble trop souvent dominé par la concurrence, la volonté d’imposer une vision personnelle et la critique du travail réalisé ailleurs.


Dans un tel climat, comment prétendre construire sereinement une variété nationale ?

Comment organiser la diversité si les éleveurs refusent de reconnaître la légitimité des programmes différents du leur ?


Comment préserver plusieurs branches lorsque chacun cherche avant tout à présenter ses propres reproducteurs comme la référence ?


Une reconnaissance officielle ne résoudra pas ces divisions. Elle pourrait même les renforcer si elle donne à un groupe restreint le sentiment que sa vision particulière est désormais devenue la norme applicable à tous.


Le danger serait alors de transformer un rapport de force entre éleveurs en orientation génétique officielle.



Le rôle et les pouvoirs du LOOF


Le LOOF n’est pas une simple association privée dépourvue de prérogatives particulières.

Le Conseil d’État a confirmé qu’il exerce une mission de service public à caractère administratif. En l’absence d’une association spécialisée agréée pour une race, il peut définir le standard de cette race ainsi que les règles techniques de qualification et d’inscription des animaux au livre généalogique.


Il serait donc juridiquement inexact d’affirmer que le LOOF n’a aucun pouvoir pour reconnaître ou encadrer une race ou une variété.


Mais l’existence de cette compétence ne transforme pas ses décisions en vérités scientifiques incontestables.


Le LOOF reste tenu de respecter ses statuts, ses procédures ainsi que les principes d’impartialité et d’égalité. Les faits sur lesquels il s’appuie doivent être exacts et les critères employés cohérents avec sa mission.


Ses décisions, parce qu’elles relèvent d’une mission de service public administratif, peuvent être contestées devant la juridiction administrative lorsqu’une irrégularité juridiquement démontrable est invoquée.


La véritable question n’est donc pas seulement de savoir si le LOOF possède le pouvoir de reconnaître le Bengal Cashmere.


Elle est de savoir comment ce pouvoir est exercé et sur quelles données objectives la décision est fondée.



Les interrogations du rapport de 2015 demeurent actuelles


Le rapport du CGAAER distinguait clairement la tenue d’un livre généalogique de la sélection et de l’amélioration génétique des races.

Il rappelait que les organismes chargés des livres généalogiques disposaient de prérogatives importantes, tout en soulignant les ambiguïtés du système et les limites du contrôle exercé par l’État.

Depuis la publication de ce rapport, la jurisprudence a précisé et confirmé les compétences du LOOF.

Cependant, cette évolution n’a pas supprimé la question centrale soulevée en 2015 : reconnaître administrativement une population et garantir sa viabilité génétique demeurent deux choses différentes.


Un organisme peut être juridiquement compétent pour définir un standard sans que cela suffise à démontrer que la population concernée dispose d’une diversité génétique satisfaisante.


L’existence d’un pouvoir administratif n’efface donc pas la nécessité d’une justification scientifique.


Des documents soumis au droit d’accès administratif


En 2021, la Commission d’accès aux documents administratifs a confirmé que les documents produits ou reçus par le LOOF dans le cadre de sa mission de service public constituent des documents administratifs.

Ils sont donc soumis, en principe, au droit d’accès prévu par le Code des relations entre le public et l’administration, sous réserve de la protection de la vie privée, du secret des affaires et des autres secrets légalement protégés.

Dans l’affaire examinée, la CADA avait rendu un avis défavorable parce que la demande portait de manière trop générale sur l’ensemble des données du livre généalogique. L’anonymisation de cette base aurait imposé au LOOF une charge de travail jugée déraisonnable.


Cet avis ne signifie pas que tous les documents du LOOF seraient secrets.

Il confirme, au contraire, que les documents existants et précisément identifiés, produits ou reçus dans le cadre de sa mission de service public, peuvent relever du droit d’accès administratif.

Cela peut notamment concerner :

  • le dossier de reconnaissance d’une nouvelle variété ;

  • les avis de la Commission des standards ;

  • les procès-verbaux ou comptes rendus correspondants ;

  • les critères techniques adoptés ;

  • les études généalogiques ou démographiques existantes ;

  • les analyses anonymisées de la population ;

  • les délibérations prises dans le cadre du processus.

Si une étude génétique et démographique sérieuse a été réalisée concernant le Bengal Cashmere, elle devrait permettre de répondre objectivement aux interrogations exprimées.

Si aucun document de cette nature n’existe, cette absence constituerait elle-même une information importante.



L’importation permanente n’est pas une politique de sélection


Face à l’appauvrissement des lignées disponibles, la réponse traditionnellement apportée aux éleveurs français consiste à leur conseiller d’importer de nouveaux reproducteurs.


Mais importer depuis les États-Unis, la Russie ou certains pays d’Asie représente des risques majeurs pour un petit élevage ( petite entreprise ) :

  • prix d’achat particulièrement élevé ;

  • frais de transport international ;

  • formalités sanitaires et douanières ;

  • risques liés aux conditions de voyage ( bien loin du bien être animal tellement mis en avant aujourd'hui ) ;

  • difficulté à vérifier l’élevage et les conditions sanitaires à distance ;

  • incertitude sur la fertilité réelle du reproducteur ;

  • différence entre les tests annoncés et les contrôles pouvant être refaits en France ;

  • exposition possible à des agents infectieux différents ;

  • absence de recours réellement efficace en cas de litige ;

  • perte financière considérable si le chat se révèle malade, infertile ou différent de ce qui avait été annoncé.


Les importations peuvent être utiles. Elles ont toujours participé à l’évolution des races et permettent parfois d’accéder à des lignées véritablement nouvelles.

Mais elles ne peuvent pas constituer l’unique réponse à toutes les impasses génétiques françaises.


Une politique consistant à fermer les possibilités de construction en France, puis à demander continuellement aux éleveurs d’acheter à l’étranger les solutions génétiques qui leur manquent, est incohérente.


Elle fragilise financièrement les petites structures et entretient une dépendance permanente envers quelques grands élevages internationaux.


Toute innovation doit-elle nécessairement venir de l’étranger ?


Les États-Unis, la Russie et plusieurs pays asiatiques ont joué un rôle déterminant dans la création et l’évolution de nombreuses races félines.

Nous respectons ce travail et nous continuerons à observer les programmes internationaux avec attention.


Mais pourquoi toute innovation génétique devrait-elle nécessairement

venir de ces pays ?


Pourquoi les éleveurs français seraient-ils seulement destinés à acheter des reproducteurs construits ailleurs, à appliquer un standard décidé par d’autres et à payer des pedigrees sans pouvoir participer eux-mêmes à l’évolution des populations ?


Sommes-nous devenus incapables de sélectionner, d’expérimenter, d’observer et de construire sur plusieurs générations ?


Ou existe-t-il encore en France des sélectionneurs dignes de ce nom, capables de prendre une orientation génétique, de l’assumer, de la documenter et de démontrer sa valeur dans le temps ?


La véritable sélection ne consiste pas uniquement à acheter un beau reproducteur produit par un autre élevage.


Elle suppose de savoir pourquoi un apport est nécessaire, ce qu’il peut transmettre, quelles qualités doivent être conservées, quels défauts devront être corrigés et comment retrouver progressivement le type recherché.


Elle exige de la patience, de l'humilité, des connaissances, une capacité d’observation et une vision dépassant largement la prochaine portée.


Les éleveurs français ne doivent pas être condamnés à devenir de simples utilisateurs de lignées étrangères.


Ils doivent pouvoir redevenir des bâtisseurs.


Pourquoi nous maintenons nos lignées sous registre TICA ?


La TICA demeure, selon nous, dans le cadre de ce que devraient être les prérogatives essentielles d’un registre généalogique : enregistrer les filiations, garantir leur traçabilité et accompagner l’évolution des populations sans prétendre figer prématurément leur construction.


Un livre d’origine ne devrait pas transformer l’éleveur en simple payeur de pedigrees, tenu d’appliquer indéfiniment des règles de mariage restrictives sans disposer de solutions lorsque la population devient génétiquement trop étroite.


La traçabilité est indispensable. Elle ne doit pas devenir synonyme d’immobilisme.


Lorsqu’une variété repose sur un nombre insuffisant de lignées, le recours à des apports extérieurs, réfléchis et parfaitement documentés peut devenir nécessaire à sa respiration génétique.


L’enjeu n’est pas d’organiser des croisements sans contrôle. Il consiste à permettre aux éleveurs de construire, sur plusieurs générations, des solutions traçables face à l’appauvrissement d’une population.


La souplesse de la TICA permet de conserver cette capacité d’action. Elle laisse à l’éleveur la responsabilité de son programme tout en maintenant l’enregistrement des générations et la visibilité de leurs origines.


Cette approche nous paraît cohérente avec la fonction première d’un registre : conserver fidèlement la mémoire des filiations, et non entretenir l’illusion qu’une population serait définitivement construite dès lors qu’elle correspond à un standard physique.


Dans notre pratique et parmi les lignées étrangères que nous avons pu observer, certains chats suivis sous registres TICA ou WCF présentent une vitalité, une fertilité et un état sanitaire global qui méritent d’être considérés.


Ce constat d’élevage ne constitue pas une étude scientifique comparative. Il invite néanmoins à ne pas écarter les bénéfices possibles de systèmes laissant davantage de place à la diversité et aux apports génétiques maîtrisés.


Nous maintenons donc nos lignées sous registre TICA parce que ce cadre conserve, à nos yeux, un équilibre essentiel : assurer la traçabilité sans condamner l’évolution génétique.


Un pedigree doit être un instrument de connaissance.

Il ne doit pas devenir une frontière empêchant une population de respirer.


Ce que les adoptants doivent désormais comprendre


Pendant longtemps, le pedigree français a été perçu comme un symbole d’excellence. Il représentait la traçabilité, le sérieux de la sélection et l’assurance d’acquérir un animal correspondant à des caractéristiques précises.


Aujourd’hui, cette équivalence entre pedigree officiel et excellence sanitaire ne peut plus être considérée comme automatique.


Un pedigree certifie une généalogie et l’appartenance administrative à une race. Il ne garantit ni l’absence de maladie, ni la diversité génétique, ni la longévité future de l’animal.

Lorsque la conformité physique est valorisée à l’extrême et que les livres se ferment autour d’un nombre limité de fondateurs, les éleveurs finissent par perdre leur capacité d’action.


Ils peuvent multiplier les tests sanitaires, respecter des normes toujours plus nombreuses et sélectionner avec la plus grande prudence : aucun dépistage ne peut recréer la diversité qui a disparu.


Les tests génétiques restent indispensables. Ils permettent d’identifier certaines mutations connues et d’éviter certains mariages à risque.

Mais ils ne testent que ce que la science sait déjà rechercher.


Ils ne remplacent ni une population suffisamment large, ni une véritable politique de diversité génétique.


L’éleveur peut alors se retrouver enfermé dans une contradiction : toujours davantage contrôlé, testé et administré, mais privé des solutions génétiques nécessaires pour améliorer réellement la population.


Les registres officiels disposent par ailleurs de prérogatives importantes dans la reconnaissance des races, l’établissement des standards et la définition des règles d’inscription.


Lorsqu’ils exercent une mission de service public, il est normal qu’ils puissent signaler aux autorités des irrégularités légalement constatées.

Mais cette mission de contrôle ne devrait pas conduire à transformer les organismes généalogiques en structures essentiellement disciplinaires, tandis que les difficultés génétiques de fond demeurent sans réponse.


Le documentaire Maudit pedigree : le monde canin face à ses propres contradictions


En mai 2026, l’émission Sur le front, présentée par Hugo Clément sur France 5 sous le titre Maudit pedigree, a exposé au grand public les conséquences possibles d’une sélection canine poussée vers les hypertypes : atrophies, maladies génétiques, souffrances physiques et diminution de l’espérance de vie.



Le documentaire concernait les chiens. Mais le mécanisme biologique mis en cause ne s’arrête pas à la frontière entre les espèces canine et féline.

Le monde félin repose sur des mécanismes comparables : définition de standards, fermeture de populations, répétition de reproducteurs dominants, recherche d’une apparence homogène et valorisation de caractéristiques physiques toujours plus marquées.

La sélection excessive sur l’apparence, la répétition des mêmes ancêtres et la fermeture des populations peuvent donc conduire aux mêmes impasses chez le chat.

Le rapport officiel du CGAAER l’avait rappelé bien avant cette émission : la création et le maintien des races fondés sur le seul standard peuvent conduire à une impasse génétique.


Le Bengal dépasse déjà 25 % de consanguinité historique selon certaines bases


Certaines bases généalogiques spécialisées consacrées au Bengal situent le coefficient moyen de consanguinité historique de la race autour de 25 à 26 %, selon la profondeur et la complétude des pedigrees étudiés.

Ce niveau est considérable.

À titre de comparaison, un coefficient de 25 % correspond théoriquement à celui produit par un mariage entre frère et sœur ou entre un parent et son descendant.


Ce chiffre doit néanmoins être interprété avec précision.


Il ne signifie pas que chaque Bengal possède individuellement un coefficient de 25 %, ni que tous les calculs réalisés sur quatre ou cinq générations aboutiront au même résultat.


Le coefficient obtenu dépend de la profondeur du pedigree, de la qualité des données disponibles et de la prise en compte ou non de l’ensemble des fondateurs.

Mais cette estimation révèle la saturation historique de la population et l’importance de ne pas limiter les calculs aux seules générations visibles sur un pedigree commercial.


Créer le Bengal Cashmere en reproduisant presque exclusivement des Bengals à poil long issus des mêmes familles reviendrait à transporter cette consanguinité structurelle dans une population encore plus petite.


Le Cashmere comme possibilité de reconstruction


Le Bengal Cashmere représente précisément l’occasion de repartir sur des bases différentes.


Son avenir ne devrait pas consister à copier, avec davantage de poil, une population Bengal déjà saturée par la répétition de ses fondateurs.


Il pourrait devenir un véritable espace de reconstruction génétique : une population suivie, documentée et développée à partir d’apports diversifiés, avec suffisamment de temps pour retrouver et consolider le type Bengal.


Cette perspective suppose d’accepter que toutes les générations ne soient pas immédiatement parfaites.


Une véritable construction ne produit pas instantanément des chats identiques correspondant à tous les critères d’un standard. Elle avance par étapes, observe les résultats et corrige ses orientations.


C’est précisément ce travail qui distingue un programme de sélection d’une simple reproduction de lignées déjà établies.


Nous ne voulons pas que le Bengal Cashmere devienne uniquement une déclinaison commerciale du Bengal traditionnel.


Nous voulons qu’il représente une occasion de restaurer de la diversité, de redonner une marge d’action aux éleveurs et de construire une population capable de durer.


Notre indépendance est aussi une responsabilité


Notre décision de maintenir nos lignées sous registre TICA s’inscrit dans cette volonté.


Nous refusons de dépendre exclusivement de deux lignées européennes dominantes.


Nous refusons également de considérer que toute solution devrait obligatoirement être achetée aux États-Unis, en Russie ou en Asie.


L’ouverture internationale demeure indispensable.


La dépendance internationale ne l’est pas.


Notre programme a vocation à démontrer que des éleveurs français peuvent encore construire, sélectionner et faire évoluer leurs propres lignées, dans la transparence et sur plusieurs générations.


Nous ne prétendons pas détenir immédiatement toutes les réponses.


Mais nous revendiquons le droit de chercher, de construire et d’améliorer sans être enfermés dans un système qui confond conformité administrative et excellence génétique.


Le Bengal Cashmere ne doit pas devenir une nouvelle population fermée avant même d’avoir réellement été construite.

Il doit rester une possibilité.

Une possibilité de diversifier.

Une possibilité de corriger.

Une possibilité d’innover.


Et, surtout, une possibilité de prouver que l’élevage français peut encore produire autre chose que la répétition de ce qui a été créé ailleurs.

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